Il était une fois une famille avec un rêve de tour du monde (il y en
a quelques-unes), une famille qui a transformé ce rêve en réalité
(il y en a un peu moins) et qui, au bout de ce magnifique périple de quatre ans, n’a pas voulu replonger dans la vie d’avant. Sollicité par son entourage, le père de cette belle famille charentaise – Stéphane Marais – a repris les notes de son carnet de voyage et en a fait un livre : Trois enfants autour du monde. Le succès de ce premier opus l’a poussé à en écrire un deuxième au retour d’un voyage en Asie, puis un troisième après une traversée à pied de son département. Aujourd’hui il est un des rares auteurs autoédités français à vivre de sa plume. Qui mieux que lui pouvait inaugurer cette série de portraits ?
Quelles solutions pour éditer un livre ? Il y a trois types d’édition : l’édition classique à compte d’éditeur. L’éditeur prend tous les frais en charge, perçoit les recettes et reverse à l’auteur des droits d’auteur (selon les ventes de 8 à 12 %, plus pur les auteurs à succès). Dans le cas de l’édition à compte d’auteur, l’auteur prend en charge tout ou partie des frais d’édition et est censé recevoir en contrepartie une part plus importante des recettes. Dans les faits l’éditeur livre effectivement un livre imprimé à l’auteur mais ne fait aucun effort de commercialisation et les chances d’un « retour sur investissement » sont nulles. Dans le cas de l’autoédition, l’auteur prend en charge tous les frais et s’investit lui-même dans la vente du livre dont il encaisse l’intégralité du produit. Il a besoin d’aide pour la correction et la mise en page mais reste le maître d’œuvre exclusif de son livre. Le « retour sur investissement » est tout à fait envisageable.
*L’impression offset n’est financièrement réaliste qu’à partir d’un certain nombre d’exemplaires (1 000 en général). Elle est considérée comme de meilleure qualité. Toutefois l’impression numérique a fait de gros progrès. Les tireuses numériques – grosso modo des imprimantes industrielles – ont l’énorme avantage de s’adapter à des tirages très limités.
**En général, un libraire demande 30 % du prix de vente du livre. Certains réclament plus, d’autres acceptent moins…
Tel un colporteur, Stéphane Marais a vendu ses livres, lors de son dernier voyage à pied à travers la Charente-Maritime. Tous ses ouvrages sont en vente sur periple.org
En toute liberté
Nous faisons partie d’une association d’auteurs charentais et Annie tient un stand tout l’été sur le port de La Rochelle. Nous participons aussi à des salons du livre lorsqu’ils sont ouverts aux ouvrages autoédités et à des salons de camping-cars.
Doit-on concentrer ses efforts sur son propre réseau et sur sa région ? Oui, c’est essentiel de se constituer un réseau régional. Cela ne sert à rien de chercher à être diffusé à l’autre bout de la France. Il faut se faire connaître autour de soi : avoir plusieurs articles dans la presse locale et régionale, passer à la télévision dans les émissions régionales, participer à des manifestations locales.
As-tu essayé de vendre ton film à une chaîne ? Non, nous n’avions pris que des cassettes numériques normales et la qualité n’était pas suffisante pour une diffusion à la télévision. Actuellement ils demandent une qualité HD.
As-tu cherché à participer aux conférences « Connais-sances du monde » ? C’est très contraignant, on n’a pas insisté. On a préféré organiser nous-mêmes des conférences et puis très vite nous avons été invités à participer à des diverses manifestations où tout était organisé.
Quel statut professionnel as-tu choisi ? Je suis commerçant ambulant sous le régime de la micro-entreprise. Cela correspond un peu à l’actuel statut d’auto-entrepreneur. Et cela me permet de vendre sur les marchés.
Ton premier livre date de 2004 y a-t-il une date de péremption en matière de récit de voyage ? Effectivement les gens me posent la question : « Votre voyage s’est passé quand ? » Oui, il date de 2004, mais c’est intéressant de voir comment les choses se passaient à ce moment-là. Et puis notre livre est surtout le récit d’une famille qui voyage donc l’époque où cela se passe n’a pas beaucoup d’importance.
 
As-tu envie de repartir ? La question vient naturellement à l’esprit mais la réponse est tellement évidente tout au long de ses livres que j'en fais l'économie.                                                
Anne-Marie Blessig
Stéphane, lorsque tu es parti autour du monde avec ta femme et vos trois enfants, te doutais-tu qu’au retour tu vivrais de ta plume et de la vente de tes livres ? En publiant le premier je ne me doutais pas que j’en ferais d’autres. Mais comme il a bien marché, on m’en réclamait un nouveau. D’ailleurs, c’est en vendant les suivants que l’on peut savoir si le premier est bon. S’ils se vendent, cela veut dire que le premier n’a pas découragé les lecteurs.
Tes livres sont extrêmement fluides et agréables à lire, avais-tu écrit d’autres livres auparavant ? Pas du tout. J’ai rédigé notre carnet de voyage et me suis mis à la rédaction de Trois enfants autour du monde à notre retour. J’écrivais, Annie relisait. Je crois qu’il faut garder un ton très naturel, ne pas chercher à faire de belles phrases, ne pas forcer son style. Nous ne sommes pas des auteurs. Il ne faut surtout pas donner de leçons de morale, ne pas critiquer les pays que l’on traverse, de ne pas pousser de coups de gueule. Il faut juste témoigner de ce que l’on vit. Nous ne sommes pas des sociologues, des politologues, des journalistes, des spécialistes ; nous ne sommes que des voyageurs et nous ne devons pas avoir de jugement. Sinon cela barbe le lecteur. S’il veut des analyses, il peut lire Courrier international ou des essais critiques, il n’attend pas ça d’un récit de voyage.
Comment s’est passée la publication du premier ? À notre retour, nous avons d’abord fait un film puis le livre. Avoir un film nous a aidés. Deux sponsors nous ont soutenus pour ce premier tirage, que nous avons vendu dès la première année. Aujourd’hui Trois enfants autour du monde en est à 6 000 exemplaires. Au fil des voyages, nous avons constitué un catalogue de plusieurs livres et de plusieurs DVD ; chacun aide les autres à se vendre. C’est important d’avoir une gamme.
Quand ton manuscrit a été terminé as-tu cherché une maison d’édition ou as-tu choisi d’emblée de t’autoéditer. Oui, tout de suite, j’ai voulu autoéditer le livre. Je ne voulais surtout pas d’une édition à compte d’auteur (voir encadré). J’ai pris des conseils auprès d’ABM et auprès d’autres voyageurs, c’est tout. Trouver un éditeur est vraiment difficile. Je crois que seulement 2 ou 3 éditeurs nationaux dont Géorama publient désormais ce type d’ouvrages. Comme les tours du monde ne font plus recette, ils ne publient que des récits sur un pays. En tout cas, je me répète, il ne faut surtout pas choisir l’édition à compte d’auteur.
As-tu sollicité de l’aide pour la correction et la mise en page qui sont malheureusement trop souvent négligées dans l’autoédition ? Pour la correction, nous nous sommes fait aider par un ami correcteur. Les fautes d’orthographe sont bien plus importantes que le style, le lecteur passera sur un style un peu relâché pas sur les fautes. J’ai veillé à ce qu’il soit parfaitement corrigé pour d’une part servir le livre et d’autre part ne pas abîmer l’image de l’autoédition dans son ensemble.
Quel tirage conseilles-tu ?
Notre premier livre, nous l’avons tiré en offset* à 2000 exemplaires mais maintenant nous procédons différemment. L’impression numérique permet de faire de petits tirages et de retirer quand le stock baisse. Il n’y a pas de gros stock à gérer et de grosses sorties d’argent à faire. Nous tirons aujourd’hui à 400 exemplaires. On peut même tirer à moins.
Comment t’organises-tu pour vendre tes livres ? Le premier livre est sorti en 2004 et c’était plus facile de placer des exemplaires en librairies. C’est ce que j’ai fait. L’expérience m’a appris que cela ne sert à rien d’être dans 200 libraires. Vingt librairies bien sélectionnées suffisent. Nous négocions avec elles les pourcentages de remise**, d’ailleurs certaines ne nous réclament rien. Ce sont en majorité des libraires de notre région. Sinon je suis présent sur les marchés.